Le delai du Take It Down Act est deja passe : ce que vous devez a la personne d'une photo qu'elle n'a jamais accepte de publier

Une photo de quelqu'un qui n'a jamais accepte de figurer sur le site
Une annonce apparait sur un annuaire, construite autour de la photo de quelqu'un qui ne s'est jamais inscrit comme annonceur. Un ex-partenaire met en ligne des photos d'une relation qui s'est mal terminee et les publie comme s'il s'agissait d'une annonce. Un inconnu fait passer la photo de quelqu'un d'autre dans un generateur d'images et en tire une annonce qui n'a jamais existe. Une photo professionnelle est recuperee ailleurs et reutilisee sans que la personne concernee ne le sache jamais. Aucune de ces personnes n'a demande a figurer sur le site. Elles l'apprennent quand une connaissance voit la page, ou quand elles cherchent leur propre nom et tombent sur une annonce qu'elles n'ont jamais creee, et elles ecrivent le jour meme pour exiger son retrait.
Le reflexe est d'orienter ce message vers le processus de retrait deja en place, generalement celui prevu pour les photos volees. Mais la personne qui ecrit n'est presque jamais le photographe et se moque de savoir qui possede l'image. Sa plainte, c'est que c'est une photo d'elle, publiee sans son consentement, et qu'elle doit disparaitre maintenant, pas apres qu'un formulaire de droit d'auteur ait ete depose, chose qu'une personne bouleversee ne pensera peut-etre jamais a faire.
Cette plainte precise dispose desormais de sa propre loi federale, avec son propre delai et son propre regulateur. La Tools to Address Known Exploitation by Immobilizing Technological Deepfakes on Websites and Networks Act, connue sous le nom de TAKE IT DOWN Act, a ete signee le 19 mai 2025. Elle a donne aux plateformes concernees exactement un an pour mettre en place un processus de retrait fonctionnel. Cette annee s'est terminee le 19 mai 2026, et la Federal Trade Commission a confirme avoir commence a faire appliquer l'obligation a partir de cette date.
Aujourd'hui, ce delai est deja largement depasse. Un operateur qui pense encore que c'est quelque chose a preparer pour 2026 n'est pas en avance sur la loi. La date a laquelle la loi s'attendait a ce qu'un processus fonctionne deja est venue et passee, et cet article porte precisement sur ce que ce processus doit contenir : ce qui rend une demande valable, la vitesse a laquelle le delai commence a courir une fois qu'elle arrive, qui le fait respecter, et en quoi il differe des deux obligations de retrait qu'un operateur d'annuaire connait probablement deja.
Trois obligations qui se ressemblent et qui n'en sont pas une seule
Il faut distinguer trois obligations qui arrivent sous la forme du meme courriel et qui ne sont pas identiques. Le processus de retrait prevu pour les photos volees protege le proprietaire de l'image, peu importe ce que montre la photo ou qui y figure. Le signalement obligatoire qui couvre les contenus d'abus sexuels sur mineurs se declenche selon l'age de la personne representee, n'a pas de delai de 48 heures, et se termine par un signalement au National Center for Missing and Exploited Children plutot que par un simple retrait. Le Take It Down Act n'est ni l'un ni l'autre.
Son declencheur est le consentement, ni la propriete ni l'age. Il couvre une image intime d'un adulte ou d'un mineur identifiable publiee sans l'accord de cette personne, et il couvre explicitement une photo qui n'en est pas une : un faux numerique, c'est-a-dire une image generee par intelligence artificielle construite pour ressembler a une personne reelle, qu'une vraie photographie d'elle ait ete prise ou non. Un deepfake fabrique a partir d'une photo de profil recuperee sur les reseaux sociaux releve de la meme obligation qu'une photo intime volee, car le prejudice vise par la loi est la representation fausse elle-meme, pas l'appareil qui l'a produite.
La definition de qui doit s'y conformer est deliberement large. Une plateforme concernee est tout site web, application ou service en ligne accessible au public qui sert principalement de forum pour le contenu que ses utilisateurs publient, ou qui heberge ce type de contenu dans le cours normal de son activite. Les seules exceptions sont les fournisseurs d'acces internet et de messagerie, et les services dont le contenu est preselectionne par l'exploitant plutot que mis en ligne par les utilisateurs. Un site d'annonces construit entierement autour des photos que ses annonceurs mettent en ligne ne s'approche d'aucune des deux exceptions.
Il n'y a aucun seuil de taille ou de chiffre d'affaires dans cette definition. Une startup d'annonces de cinq personnes est une plateforme concernee dans les memes termes qu'une entreprise avec un milliard d'utilisateurs, et les directives de la Federal Trade Commission elle-meme precisent explicitement que ni la taille ni le statut d'organisation a but non lucratif ne changent cela. La loi est ecrite pour le volume de contenus mis en ligne par les utilisateurs, pas pour la taille de l'entreprise qui les gere, ce qui correspond exactement a la forme d'une activite d'annonces.
A quoi ressemble une demande valable, et le delai qui commence a courir
La barre pour une demande valable est deliberement simple, car la personne qui la depose est souvent en detresse et n'est pas avocate. Il faut une signature de la personne representee ou de quelqu'un autorise a agir pour elle, assez de details pour identifier l'image precise, assez d'informations pour la localiser sur le site, une breve declaration de bonne foi affirmant qu'elle a ete publiee sans consentement, et un moyen de contacter la personne qui a depose la demande. Rien de plus elabore n'est requis, et rien de moins ne fera partir le delai.
Une fois qu'une demande remplissant ces conditions arrive, la plateforme dispose de 48 heures pour retirer l'image signalee et pour faire ce que la Federal Trade Commission appelle des efforts raisonnables pour trouver et retirer les copies identiques deja connues. On n'attend pas de la personne qui signale la photo qu'elle traque elle-meme chaque nouvelle mise en ligne ; l'obligation de trouver les doublons incombe a la plateforme, pas a la victime.
Ce qui constitue un effort raisonnable n'est pas precise dans la loi, ce qui laisse a l'operateur la tache de construire quelque chose de defendable plutot que d'attendre qu'un tribunal en definisse le minimum. Une plateforme d'annonces conserve deja des photos liees aux comptes des annonceurs a des fins de verification d'identite, et faire tourner une simple verification de correspondance d'images sur une photo signalee, pour reperer la meme image qui reapparait sous une autre annonce quelques jours plus tard, transforme les efforts raisonnables d'une formule dans un document de politique en une action qu'un registre peut effectivement prouver.
Il n'y a aucun delai de prescription inscrit dans l'obligation de retrait, ni d'exception pour une annonce ancienne. Une photo en ligne depuis trois ans est couverte par exactement le meme delai de 48 heures qu'une photo publiee la veille, donc une demande ne peut pas etre ecartee au motif que l'annonce est anterieure a la prise de conscience de la loi par l'operateur.
Le refuge legal integre dans la loi ne fonctionne que dans un sens, et cela determine le bon reflexe par defaut. Une plateforme qui retire une photo signalee de bonne foi est protegee meme si l'image s'avere ensuite ne pas avoir enfreint la loi. Il n'existe pas de protection equivalente pour une plateforme qui maintient une photo en ligne parce que sa propre lecture de la situation indique que le signalement n'est pas valable. Quand une demande remplit clairement les conditions ci-dessus, le reflexe le plus sur est de retirer l'annonce d'abord et de regler tout litige ensuite, pas l'inverse.
Construire le processus sans attendre qu'un signalement l'impose
La solution pratique est un canal de signalement qu'une personne exterieure a la relation avec l'annonceur, quelqu'un qui n'a jamais cree de compte et n'a aucun acces, puisse reellement trouver et utiliser. Le cacher dans un formulaire de contact generique ou une file d'assistance pensee pour les annonceurs manque toute la population que la loi vise a proteger, puisque la personne qui depose une demande valable n'est par definition pas celle qui a publie la photo.
La file d'attente ainsi creee n'a pas besoin d'une equipe montee de zero. L'equipe qui verifie deja les annonces avant leur mise en ligne est formee exactement pour ce type de travail : regarder le contenu rapidement, trancher dans un delai fixe, et noter la raison. Confier cette file aux memes personnes, avec une regle claire selon laquelle une demande apparemment valable est traitee dans les 48 heures quoi qu'il y ait d'autre dans leur file ce jour-la, se met en place plus vite que de former une nouvelle equipe a partir de rien.
Chaque demande necessite un enregistrement : quand elle est arrivee, ce qu'elle contenait, ce qui a ete retire, et la base de bonne foi de la decision. Cet enregistrement est ce qui permet a une plateforme d'invoquer le refuge legal plus tard si un retrait est conteste, et c'est le meme enregistrement qu'un regulateur demanderait en premier si la conformite de la plateforme etait jamais mise en cause.
Rien de tout cela ne remplace l'obligation parallele qui existe en vertu du droit des Etats americains. Presque chaque Etat avait deja une loi sur les images intimes non consenties avant l'arrivee de cette loi federale, et une vingtaine a une trentaine d'Etats ont des lois qui couvrent specifiquement les deepfakes generes par intelligence artificielle. La loi federale ne prevaut sur aucune d'elles, donc une demande qu'une plateforme juge ne pas franchir tout a fait le seuil federal peut quand meme exposer le site a une reclamation en vertu du droit de l'Etat concerne, selon ses propres termes.
Le volet application de la loi est deja actif, pas theorique. La Federal Trade Commission a ouvert un portail public de plaintes et envoye des rappels de conformite a une longue liste de grandes plateformes dans les semaines precedant l'echeance de mai 2026. Une plateforme jugee ne pas s'etre raisonnablement conformee est traitee comme ayant commis une pratique deloyale ou trompeuse au sens du FTC Act, avec des sanctions civiles pouvant atteindre 53 088 dollars par infraction, un chiffre tire des directives publiees par la Commission elle-meme et non un plafond par entreprise.
Ce que la loi ne tranche pas encore, et que faire cette semaine
Rien de tout cela n'est exempt d'une reelle incertitude juridique, et un compte rendu honnete de la loi le dit ouvertement. Des groupes de defense des libertes civiles ont soutenu publiquement, a plusieurs reprises, qu'une fenetre obligatoire de 48 heures sans etape de contre-notification integree pousse les plateformes a retirer du contenu legal plutot que de risquer de manquer l'echeance, et des commentateurs juridiques ont souleve des questions ouvertes sur la maniere dont l'obligation de retrait interagit avec la Section 230 et le Premier Amendement. Rien de tout cela n'a produit a ce jour de decision de justice, d'injonction ni de report de l'echeance, et la Commission avance comme si rien de tout cela n'allait changer la donne.
L'absence d'un mecanisme formel de contre-notification, celui que le DMCA reconnait a quelqu'un dont la photo est retiree pour une plainte de droit d'auteur, est une reelle lacune que l'operateur doit anticiper plutot qu'ignorer. Un signalement de mauvaise foi, un ex qui cherche a faire tomber une annonce legitime par rancune, ou un concurrent qui abuse du processus, est une possibilite reelle que la loi ne resout pas d'elle-meme. Construire une etape interne de revision pour les retraits contestes releve de la plateforme elle-meme, selon son propre calendrier, et cela ne doit jamais ralentir le delai de 48 heures sur les demandes qui sont clairement valables.
Deux choses valent la peine d'etre verifiees cette semaine plutot que classees comme travail futur. D'abord, si le site dispose d'un moyen visible pour qu'une personne qui n'est pas un annonceur enregistre puisse signaler sa propre photo, accessible sans creer de compte ni se connecter nulle part.
Ensuite, si une page existe quelque part indiquant qui gere cette file, ce qu'une demande doit contenir pour etre valable, et ce qui se passe dans la premiere heure et dans les 48 premieres heures. Si cette page n'existe pas encore, l'echeance fixee par la loi il y a des mois n'est pas une tache future. Elle est deja non respectee, aujourd'hui, et le delai de la prochaine demande commence des son arrivee, pas au moment ou quelqu'un trouve le temps de la lire.


